les animaux du zodiaque chinois

LES DOUZE ANIMAUX DU ZODIAQUE CHINOIS
adaptation © Isabelle Genlis

Dans le Palais céleste, l’Empereur de Jade présidait l’audience matinale lorsque le Phénix, le Zodiaque-chinoisDragon et le Tigre investirent la salle du trône. C’était une véritable cacophonie. L’’Empereur les interrompit:
- Phénix, Roi de la montagne qui caresse le ciel, Dragon, Roi des eaux où le ciel se reflète, Tigre, Roi de la forêt dont le feuillage est ciel, exposez-moi, aussi noblement que votre rang l’exige, ce qui vous tourmente.
D’une seule voix, les trois répondirent :
- Empereur Céleste, l’homme attaque, chasse, mange sans vergogne les animaux. C’est un véritable carnage dans le ciel, sur les montagnes, sous les eaux. Bientôt nous disparaitrons de la surface de la terre et l’homme règnera en maître cruel. Aide-nous!
L’Empereur de Jade considéra la plainte avec sérieux :
- Rois, rentrez dans vos royaumes. Informez les vôtres que moi, l’Empereur de Jade et mon Ministre, Etoile d’or, les attendrons devant la porte sud du Palais Céleste à la cinquième veille. Les dix premiers arrivés porteront les chiffres de 0 à 9 et seront les animaux sacrés de l’année du même chiffre. Les hommes devront les honorer pour bénéficier de leur protection. Ainsi, dix d’entre vous seront préservés. J’ai dit.

Les trois rois saluèrent le Maître du Ciel et se précipitèrent dans leurs royaumes. Ils informèrent les animaux du concours céleste. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Les êtres à poils, à plumes et à écailles se préparèrent.
Le rat sortit de son trou, ignorant les préoccupations de ses frères. Il découvrit le chat occupé à se lécher à pleine langue. Il s’étonna de cette toilette nocturne. Le chat lui expliqua et conclut:
- Frère rat aux courtes pattes, pour arriver à temps, vous auriez du partir hier! Moi, je me prépare tranquillement. En une foulée, j’y serai.

Le rat veilla et partit dès la troisième veille du matin. Il se garda bien de réveiller le chat. Il fut à l’heure devant la porte sud du Palais Céleste. Les fauves et les oiseaux attendaient en rangs serrés, une armée prête à l’assaut.
L’empereur de jade illuminait la salle du trône. Etoile d’or, pinceau en main, s’apprêtait à noter les noms des gagnants sur un rouleau de papier de riz impérial.
L’Empereur lança : Le concours est ouvert!

Les candidats s’engouffrèrent dans la porte. La foule dense, épaisse et touffue se coinça entre les montants. On jouait des épaules, des muscles, des pattes, des ailes, des becs, on poussait, on enrageait…

Le rat réfléchit :
- Ces animaux sont forts à la lutte. Il vont me transformer en carpette grisonnante…
Il se courba comme un arc, pointa ses dents en avant et fila comme une flèche entre les pattes furieuses de ses concurrents. Quelques instants plus tard, il s’extirpa de la mêlée et releva fièrement la tête devant le Maître du Ciel.
- Rat, tu es le premier ! Félicitations ! s’écria l’Empereur de Jade.
Etoile d’or traça avec élégance le nom du rat sur le papier de riz.

Le buffle ruisselait de jalousie :
- Tu vas voir si la force ne sert pas !
Dans un sursaut de l’arrière train, il se rua vers le trône. Il s’arrêta net, les cornes pointées vers le Maître du Ciel.
- Le Buffle est deuxième gagnant, dicta l’Empereur à Etoile d’or.

Le départ du buffle avait détendu la lignée des prétendants. Le tigre en profita pour se défroisser les rayures. La hargne de se voir doublé par un animal qui faisait d’ordinaire son repas, avait redoublé sa force. Il rugit, bondit et s’arracha de la grappe féroce. Plus souple que le bambou, il se posa devant le Maître du ciel.
- Le Roi de la forêt est le troisième, sourit l’Empereur de Jade.

Le lapin, roulé en boule, avait gardé un oeil dégagé. Il examinait ses rivaux, plus forts que des rocs. Il tortilla son petit corps agile. De coups de tête et en coups de rein, il se faufila entre ses voisins et  déploya ses oreilles devant l’Empereur de Jade pour entendre:
- Le lapin est le quatrième gagnant.

Le Ministre notait avec soin les noms des glorieux lauréats sur le papier de riz. Il sentit des effluves de poils et de plumes grillés. Une flamme lécha son pupitre, menaçant la liste céleste. Le dragon brûlant du désir de sauver les siens, crachait du feu. Les muscles de ses adversaires fondaient, les cornes devenaient cire… rien lui résista.
Devant l’empereur de Jade, le dragon soulagé, ravala son ardeur.
- Le dragon est le cinquième gagnant, proclama l’Empereur de Jade.

Les animaux s’échauffèrent de cette audace. Les protestations embrasèrent la salle du trône.
Le serpent avait gardé son sang froid. Il profita de ce moment de fièvre pour ramper à travers la foule. Il refroidit les pattes, les ailes, les poils de ses concurrents et se présenta, croc prosterné, devant l’Empereur de jade.
- Le serpent est le sixième sur la liste, dit l’Empereur de Jade.

Le Cheval, chatouillé par le corps sinueux du serpent sur sa croupe, se cabra et s’engagea dans un galop effréné. Sa course s’acheva en révérence respectueuse aux pieds du maître du Ciel.
- Le cheval est le septième vainqueur, s’écria l’Empereur de Jade.

La chèvre était consternée. Quel atout possédait-elle pour sortir de ce bloc vociférant? Elle n’était ni forte, ni souple, ni enflammée… mais elle avait des cornes. Son voisin le plus proche en connut le premier la puissance. Piqué au vif,  il s’écarta d’un bond.
- Quelle trouvaille! se réjouit la chèvre.
Et d’embrocher tous ceux qui se trouvaient sur son passage.
- La chèvre est huitième ! souffla l’Empereur de Jade.

Le concert d’envie et de lutte mêlées montait en intensité. Le singe restait silencieux. Il se grattait la tête :
- Si je n’ai pas de cornes, j’ai des doigts habiles !
Il tira les poils, les plumes, les oreilles de ses concurrents. Ils piaillaient encore quand le singe massait déjà les chevilles du Maître du Ciel.
- Le Singe est le neuvième ! claironna l’Empereur de Jade.

Le coq chanta son désespoir. Il avait bien compté, il ne restait plus qu’une place! Un dernier cri, un dernier chant, il y mit tout son coeur. Les ailes de son âme ouvrirent celles de son corps. Il s’envola sur une note et se posa en silence devant le Maître du Ciel.
- Le coq est le dixième. ‘Gou’ ! Lança hâtivement l’empereur de Jade avant de disparaître.
- ‘Gou’?! Maitre, que voulez-vous dire? Appelez-vous ‘Gou’ le cochon ou bien dites vous ‘Gou’, c’est assez? Car en effet, c’est assez, Maitre, nous avons déjà dix noms sur notre liste!
L’Empereur lui répondit de loin : ‘Zhu’!
Etoile d’or était au comble de l’embarras.
- ‘Zhu’?! Maitre pourriez vous préciser? Appelez vous ‘Zhu’ le chien, ou dites-vous ‘Zhu’ c’est fini? Ces mots parlent trop et je ne comprends pas assez!

Ces « Gou » et « Zhu » n’avaient échappé ni au cochon ni au chien. Profitant de la confusion, ils se présentèrent à Etoile d’or.
- L’Empereur lui-même nous a réclamés!
Etoile d’or dut les noter sur la liste.

C’est ainsi qu’ils furent douze pour désigner les années. Et c’est en souvenir d’une année qui ne sera jamais, que les chats, pour venger leur ancêtre trahi, mangent les rats.

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